ALUMNI : PORTRAIT DE YVETTE LE JEUNE – GUICHOUX

Découvrez le témoignage de Yvette GUICHOUX, première femme à intégrer Brest Business School en 1962.

Merci à elle pour son témoignage, nous permettant de comprendre son parcours en tant que première et unique femme de la promotion 1962/65.

 

Mon témoignage fait suite à celui de Jean Fançois Calarnou, le major de notre  promo.

 

 

En réalité notre promo comptait 20 étudiants, 3 d’entre nous ne figurent pas sur la photo déjà publiée. Ce groupe de 20 était constitué de 17 Finistériens parmi lesquels 8 Brestois. Ce recrutement local a sans doute joué en faveur de la cohésion du groupe, cohésion qui se retrouve encore aujourd’hui. Au passage, je vous fait remarquer le dressing code en vigueur : port de la cravate obligatoire pour les garçons et pantalon interdit pour les filles.

 

 

 

 

Ma place dans le groupe

Effectivement, j’étais la seule fille de la promo. En fait, nous étions 2 jeunes filles admises au concours d’entrée mais l’autre demoiselle s’est désistée pour s’inscrire en fac de sciences ; je me suis donc retrouvée toute seule parmi ces jeunes gens.

Je n’étais pas du tout préparée à ce contexte si particulier. J’avais effectué mes études secondaires dans un internat religieux à Quimper, donc dans un établissement constitué exclusivement de filles. (C’était la norme à l’époque, les établissements mixtes datent de 1968.) Et, du jour au lendemain, me voilà  transplantée dans un univers totalement nouveau pour moi.

Cette adaptation s’est passée sans problème car immédiatement, j’ai été très bien accueillie par mes camarades de promo. Ils ont toujours été très bienveillants à mon égard, je faisais vraiment partie des leurs et même par rapport à l’extérieur, ils étaient très protecteurs, très « grands frères ».

L’effet de surprise passée, je me suis très bien accomodée à cette situation. Une exception cependant : j’ai angoissé quand j’ai appris que nous avions un cours d’E.P.S obligatoire. Qu’allais je faire parmi ces gars ? Je n’étais pas la seule à me poser des questions. Monsieur Faou, le prof de gym a appris mon existence quand il nous a réunis pour nous présenter son programme. Je me souviens de ses mots   « Mademoiselle, je ne sais pas ce que je vais faire de vous » . En définitive, j’ai été dispensée de cours d’E.P.S pendant les 3 années d’études, ce qui m’arrangeait bien.

Bien que seule fille de la promo, je garde un excellent souvenir de ces années à Sup de Co Brest ; Le seul regret peut-être, je me dis que je n’ai sans doute pas vécu la vie « normale » d’étudiante à savoir que je ne sortais pas avec ces jeunes gens en boîte ou ailleurs. J’avais connaissance de leurs fredaines par les conversations et échanges qui s’en suivaient mais je n’ai pas « fait la fête »  comme eux et avec eux. Par contre, j’ai toujours participé aux sorties officielles : dîners, rallyes automobiles et autres…

 

Les débuts de l’école

Je pense qu’un étudiant d’aujourd’hui a du mal à imaginer notre école à l’ouverture ; pas de grands bâtiments modernes mais des locaux en préfabriqués gris clair avec de grandes baies vitrées. Le nombre de salles était restreint. Ceci explique que nos cours de 2éme et 3éme année se soient déroulés dans une salle exiguë : 3 rangées bureaux collés les uns aux autres et un espace réduit entre chaque rangée. Il est vrai que nous n’étions plus que 15.

L’atout majeur de ce nouvel établissement : sa situation en pleine ville, à proximité de l’Hôpital Morvan, de la place de la Liberté. Je crois que aucun de nous n’aurait échangé nos préfabriqués pour les locaux actuels, certes plus beaux, plus spacieux mais situés rue de Provence donc loin du Centre ville

Certains diront peut-être que, étant la 1ère promo, nous avons essuyé les plâtres mais à mes yeux, les éléménts positifs l’emportent sur les éléments négatifs. C’est vrai, par exemple, que les profs de droit qui venaient de Rennes regroupaient leurs cours le vendredi après midi et le samedi matin ; conséquence, suivant les semaines, nous avions 6h de droit civil ou 6h de droit commercial en moins de 24h ; Trop c’est trop !… Bien évidemment, nous n’avons pas connu les cours en amphi, nous avons toujours travaillé en petits groupes et même en 3ème année, nous étions seulement 2 étudiants, Jean Salaün et moi à suivre le cours de contentieux administratif autant dire un cours particulier.

 

Ma carrière

Mon diplôme en poche, qu’ai je fait ? Après quelques hésitations, je me suis dirigée vers l’enseignement. Deux écoles privées de Quimper m’avaient contactée à la fin de mes études ; j’ai opté pour l’une d’entr’elle. À l’époque, ces établissements trouvaient aisément du personnel pour enseigner au niveau C.A.P mais éprouvaient quelques difficultés à recruter des diplômé(e)s de l’enseignement supérieur pour leurs classes de B.E.C et B.S.E.C. Ces diplômés leur étaient indispensables pour obtenir le label «  sous contrat » et percevoir les subsides de l’Etat.

Après une formation pédagogique de 15 jours (c’est plutôt léger…), à la rentrée de septembre 1965, j’ai pris en charge une classe de BSEC (à rapprocher des BTS actuels) en compta, gestion et maths fi et même maths générales.

 J’ai occupé ce poste 1 an , après quoi, j’ai opté pour l’enseignement public Jai passé mon C.A.P.E.T série gestion comptable et j’ai donc enseigné comme prof certifié d’éco/gestion en métropole et Outre Mer.

 A l’issue de ma 1ère année à  Quimper, du fait de mon mariage, je suis partie vivre à Toulouse. Au cours des 6 années passées dans cette ville, j’ai suivi pendant 1 an une formation pédagogique à Bordeaux et j’ai enseigné dans 2 établissement toulousains (dans la toute nouvelle filière des bacs G)

Après Toulouse, sur ma demande,  j’ai été affectée  à Nouméa, au lycée Lapérouse, unique lycée public de Nouvelle Calédonie à mon arrivée en 1972. Mon affectation a posé problème car le proviseur ne voulait pas de femme. Pourquoi ? Parce que en cas de congé de maternité, il ne trouvait pas de remplaçant(e) sur place.

Après 6 années à Nouméa, retour en métropole et plus précisément à Nantes où je suis restée 19 ans. J’ai enseigné dans différents établissements : 2 lyceés polyvalents (bacs G, BTS), la fac de lettres en filière L.E.A puis à l’ouverture du lycée hôtelier, j’ai postulé et j’ai été affectée sur un poste en BTS hôtellerie-restauration. 

 Avant de terminer ma carrière, j’ai éprouvé le besoin de repartir dans le Pacifique et en 1999, j’ai obtenu un poste au lycée hôtelier de Tahiti. J’y suis restée 4 ans à l’issue desquels j’ai pris ma retraite. Ma carrière s’est donc achevée en Polynésie.

 

Le groupe 40 ans plus tard

Notre cursus étudiant a pris fin  en 1965 et jusqu’en 2003, je n’ai rencontré aucun de mes camarades. Les 1ères années, par l’annuaire des Anciens, j’ai eu connaissance de leurs professions et affectations mais c’est tout.

J’étais en poste à Tahiti, quand l’un d’entre nous, Jean Claude Lagattu, a pris l’initiative de nous réunir pour fêter les 40ans de notre entrée à Sup de Co. Comme j’étais aux antipodes, je n’ai pas participé aux 2 premières réunions.

Dès septembre 2003, j’ai retrouvé certains accompagnés de leurs épouses et en 2004 la promo au complet. Bien évidemment, ce fût un réel plaisir et comme dans toute réunion d’Anciens , nous avons évoqués nos souvenirs d’antan. Comme l’a déjà dit Jean François, nous continuons à nous retrouver tous les ans ; nous sommes encore 9 auxquels s’ajoutent les conjoints qui font désormais partie intégrante du groupe. 

Certaines des épouses de ces messieurs pensent que nous sommes formatés de la même façon. Personnellement, je ne le ressents pas ainsi mais cette vision est peut-être exacte pour un œil extérieur.

Je ne suis pas à même de juger.

Pour moi, ce groupe a résisté aux années du fait que dès le début, en dépit de notre faible effectif  nous avons voulu exister en tant que « entité Sup de Co », qui se différencie de la masse des étudiants brestois que nous cotoyions au R.U. Je pense que de cette époque, nous avons conservé un certain esprit ; et l’expression « esprit de corps » utilisée dans l’armée, peut sans doute s’appliquer à nous.

Pour l’avenir, l’important est que nous poursuivions sur la même voie, que nous ayions encore, pendant longtemps, le plaisir de nous retrouver.

 

 

 

 

 

 

 

 

57
années d'existence
20
doubles diplômes
65
partenaires internationaux majeurs
50
entreprises créées
1
Incubateur